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NOIR - au nord  /  11-06-2015 /

Un souvenir effacé par le passage accéléré du temps. Noir au Nord a été présenté au public pour la première fois en sol européen dans le cadre d’une exposition à Paris en avril 2015 à la cité de la mode et du design. Une machine austère, noire et destructrice est actionnée par l’artiste. Pendant la performance, deux cables enduits d’encre noire sont mus dans un va et vient vertical.

Une série de 20 oeuvres a été préalablement sérigraphiée à la manière d’un dégradé du jaune au noir, renforçant l’aspect dégradant de l’oeuvre. Conçu à la manière d’une imposition de livre d’imprimerie, l’oeuvre finale se présente comme une série de petits livrets-souvenirs abimés. Derniers témoins du passage d’un individu sur terre.

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A memory erased by the fast passage of time. Noir au nord was presented to the public for the first time on European soil as part of an exhibition in Paris, in April 2015 at la cité de la mode et du design. An austere machine, ink-black and destructive is operated by the artist. During the performance, both black ink coated cables are moved in a back and forth manner vertically. Rubbing, flowing and damaging the memory printed, hung in the heart of the machine.

Passing it to pristine souvenir to blackened bits of text and memory. At the end of a session, a metaphor for life, the memory is completely obliterated, leaving only a few intelligible sentences. Symbolic degradation of the memories of a human being. Noir au nord synthesizes life and presents it as a rebarbative mechanism to blacken what you cherish most at the end.

A series of 20 works was previously screen printed in the manner of a gradient from yellow to black, reinforcing the degraded appearance of the final output. Designed in the style of a printed sheet, the final work is presented as a series of small booklets of damaged memories. Last witnesses of the passage of an individual on earth.



FXSTG avec une oeuvre dégradée

FXSTG with degraded artwork

Le texte suivant est la transcription intégrale du souvenir imprimé sur les papiers de base :

Je regarde. au nord. Et c’est peut-être comme ça que c’est arrivé. Je n’ai pas pu le prévenir. Il y avait du monde. 

Beaucoup de monde.

Du monde partout.

Du bon monde, derrière, devant. Une addition de corps.

Des corps partout, chaque pied carré occuppé par un orteil, tous les murs partagés par quelques d’épaules. Et du rire? 

Plein le pichet.

On a vu une fille juchée sur la branche, près de la fenêtre, au dessus de la cloture. Et à côté d’elle, une dizaine d’autres jolies filles. Non! Pas toutes en même temps, mais ça arrivait souvent.  Il y a eu quelques chats sur le toit en pignon, une souris, deux souris - trois souris -  sous les bardeaux de cèdre. Des oiseaux sortaient de la cheminée pour dérider leurs ailes tant il y avait du monde dans cette cabane, cette belle et bonne cabane. La maison 

On a vu plier les planches de la galerie arrière les clous partaient comme des balles de fusil sous le poids des centaines de bottes. Il y avait du monde dans cette maison. ET Crac! L’oeuf se casse. Plus personne. du tout. Les mois passent, quelques années déjà. 

Dans la cuisine : de grands soupers. De petits soupers aussi. Une vie qui se passait comme ça. Bien, longue. Bonne. Tendue, acceptable. Pas médiocre : rieuse, amicale, fatiguante mais tonifiante. Toutes les distances comprises, rassemblées entre ces murs.

Toutes les proximités, les entreprises humaines. Toutes les tentatives de s’approcher d’autrui. Se faire des amis. Raconter et étayer des récits complexes, achevés. Parfois incomplets. Des bouts de jeux, des histoires inventées, des alignements de petites pièces de bois sur le comptoir.

Beaucoup de ces instants qui bâtissent cette machine intriguante, cette mécanique qui unit les uns et les autres. Une famille au grand sens seulement.

Une poignée tourne, hé! Papa, Maman : faites tourner le moteur, qu’on avance. Tu tournes, mon cher, Ça roule, ma chérie, ça fonctionne. 

N’arrête surtout pas, on crèverait!

Mais il est là derrière la porte. Grand et vide. Partout. Des lignes noires, un cube, deux cubes Il ne reste que ça. Une structure froide qui ralentit lentement. Il y avait du monde avant. Des amis. Des projets. Remplacé par un grand vide, derrière la porte.

Je sens l’air immobile qui décante ses poussières. Et les vitres qui dégoulinent de saleté, Mais on dirait que… 

Mais bordel, pourquoi t’as cessé de tourner? 


(la soie de sérigraphie ayant servi à produire les papiers de base)